La balle à terre !

Le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, s’est adressé à la nation le 18 août dernier à travers un discours télévisé. Le Chef de l’Etat annonce qu’il sursoit à l’organisation du référendum portant révision de la Constitution du 25 février 1992, comme le Président Alpha Oumar Konaré l’avait fait en 2001. En agissant et surtout en accédant aux doléances des familles fondatrices de Bamako et des leaders religieux, le Président Kéïta a prouvé qu’il est à l’écoute du peuple qui estime majoritairement que le moment n’est pas propice à la révision constitutionnelle. Il a mis le Mali au-dessus de tout en prenant une décision, l’une des plus difficiles de sa mandature. Ce qui donne encore raison à Tiébilé Dramé, Président du Parti pour la Renaissance Nationale (Parena) qui, en dépit de son adversité farouche envers le chef de l’Etat, reconnaît qu’on peut tout reprocher au Président Ibrahim Boubacar Kéïta sauf qu’il n’aime pas le Mali.

Si le sursis à la tenue du référendum est à mettre au compte de la lucidité, du réalisme et de la sagesse du Président Kéïta, le plus grand mérite revient aux dignes autorités coutumières et religieuses. L’appel qu’elles ont eu auprès du Président de la République et de la Plateforme Antè Abana est une invite de plus aux familles fondatrices de Bamako et aux leaders religieux à prendre encore conscience de toute l’importance de leur neutralité vis-à-vis des différentes forces politiques.

Merci aux familles fondatrices de Bamako et aux leaders religieux ! Merci au Président de la République ! Merci aux leaders et aux membres de la Plateforme ! Il ne s’agit ni d’une victoire des opposants à la révision constitutionnelle, ni d’une défaite du Président Kéïta et de son gouvernement. C’est le Mali qui a été épargné d’une énième épreuve.

Le discours présidentiel, qui montre que le Président Kéïta n’a pas perdu de vue les grands enjeux de l’heure et surtout les périls qui pèsent sur l’existence de la République, met la balle est à terre.

Il y a de forts risques que les luttes pour la conservation ou la conquête du pouvoir prennent le pas dans les jours à venir sur le vrai combat, c’est-à-dire celui pour la survie même de la patrie.

D’une part, le Président Kéïta pourra procéder à un réajustement de son équipe gouvernementale s’il tient toujours à s’engager dans la course à sa propre succession. Des critiques acerbes ont été formulées contre l’équipe du Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga.

D’autre part, l’avenir de la Plateforme Antè Abana va se poser avec acuité. Les partis politiques et la société civile feront-ils jonction à la faveur de la présidentielle de 2018 ? Les formations politiques prendront-elles leur distance avec les associations de la société civile pour former une alliance politique ? Le jeune Ras Bath a déjà laissé entendre que le combat contre le référendum n’est qu’une étape et que l’objectif visé est 2018.

Après cette parenthèse qui a permis de clarifier les choses et d’éveiller les consciences, les uns et les autres doivent dépasser leurs rancœurs et égos personnels pour ne pas laisser le Mali couler. Il faut maintenant se battre ensemble pour permettre au pays de recouvrer sa pleine souveraineté avant toute lutte de positionnement ou de conquête du pouvoir.

C. Doumbia

Source: Le Challenger

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