Décryptage – Ras Bath : revenu pour manger ses oncles ?

Iyad au Nord, Kouffa au Centre, Ras Bath au Sud : tel est l’étau qu’Ibk -mis pour la nation dont il est le premier magistrat- doit desserrer à moins d’un an d’une élection présidentielle fondamentale à tous points de vue. Iyad au Nord n’est plus une variable mais une constante. Voire une constance. Depuis 2012, il ne laisse aucun répit. Et depuis 2012, personne ne lui a mis le grappin dessus. Ni les forces maliennes, ni les forces algériennes, ni les forces françaises, ni les forces onusiennes. Là-dessus, il y a dire et à redire, c’est vrai. Quant à Kouffa, nul doute qu’il est le bras d’Iyad dans le Gourma, dans le Macina, dans le Sahel occidental, voire plus au Sud. En résolvant l’équation Iyad, le problème Kouffa trouvera aussi une grande partie de sa réponse. Mais le Centre, il faut le craindre, est peut-être devenu une question à part et cette relative autonomie requiert, à notre avis, une réponse à part.

QUID DE RAS BATH ?

Le jeune activiste est le sujet principal de cette chronique. Il n’a rien à voir avec le projet indépendantiste ou islamiste. Donc, il ne saurait être l’allié objectif ou subjectif de l’insécurité qui constitue la tragédie nationale du moment, avec probablement le millier de morts depuis 2012. Pas question ici de dire que le phénomène Ras Bath est impérissable car on l’a vu, au Burkina et au Sénégal, Smokey et Fadel Barro, des mouvements Balai citoyen et Y en a marre, qui étaient de véritables icones un temps sont devenus des citoyens presqu’ordinaires en 2017. Pas question non plus de dire que le bouillant Rastafari est une citadelle à part. Depuis la vague anti-révision constitutionnelle, Ras Bath n’est qu’un élément d’un ensemble qui bénéficie de plusieurs concours dont l’opposition formelle ; les mouvements nationalistes nés avec la question du Nord ; certains syndicats et des organisations citoyennes. Et surtout d’une frange importante de frondeurs sans ancrage partisan, ayant même, pour certains d’entre eux, voté Ibk en 2013, mais passés depuis dans le camp des déçus. En ces heures, Ras Bath est donc porté par une vague. Mais il est devenu un leader proéminent de la contestation en cours.

UNE FIGURE « CHRISTIQUE » ?

Pour décrypter le « phénomène Rasta », c’est ce terme qu’utilise le politologue, notre compatriote Yaya Traoré. L’impressionnant comité d’accueil constitué autour de l’activiste tout l’après -midi du jeudi où il retournait d’Europe comme en hégire, confirme, si besoin est encore de le prouver, que c’est bien une étoile qui est née désormais, et avec laquelle tout le monde devra compter, pouvoir et opposition y compris. Sa base sociale est formée et ce pourrait bien être sa base politique, ratissant dans les banlieues, dans le pays profond ainsi que dans la diaspora et ralliant autour de slogans révolutionnaires rôdés sur les réseaux sociaux. Cette base, le jeune activiste l’aura conquise, à force d’alliances et de contre-alliances suivant les contraintes du moment et les impératifs du terrain, servi par une éloquence certaine, parlant au peuple dans la langue et le langage que celui-ci entend et faisant montre d’un grand courage politique à mesure que l’opinion voyait en lui un martyr de la gouvernance actuelle. Lui qui passe pour neuf, donc pas comptable « du bilan de la démocratie » comme le répètent à l’envi ses fans. Toutes les composantes de la plateforme Ante Abana sont des défis sérieux pour le pouvoir. Ras bath lui, est cependant, un défi parmi les défis.

TROIS QUESTIONS, EN CONCLUSION.

La première : jusqu’où Ras bath restera t-il un activiste, rien qu’un activiste, c’est à dire cette plume trempée dans les plaies de notre société, juste pour éclairer son monde qui est partie intégrante de la société malienne et qu’il ne faut pas minimiser ? Car s’offre à lui une autre voix à laquelle l’encouragent déjà certains de ses partisans : entrer en politique, tenter de conquérir le pouvoir pour mettre en œuvre son projet de société. L’autre question est de savoir jusqu’où ira la cohabitation entre les ténors de l’opposition nationale et Ras Bath qui, fort de la caution de la génération qui clame la rupture, aime ruer dans le brancard. Celui de la majorité comme de l’opposition, on l’a vu déjà. Pour l’instant, la préoccupation se situe ailleurs et c’est la troisième question : ce que fera Ibk face au vent debout de la contestation. La démocratie, seule aune qui vaille, lui confère le droit de faire réviser la constitution. Mais la realpolitik transcende les prérogatives et la stabilité d’un pays déjà très chahuté met tous les Maliens, et le premier d’entre eux en particulier, devant une égale obligation de retenue.

Adam Thiam pour maliweb.net

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