Entre nous : Le Mali au bord d’autres crises ?

C’est en principe ce vendredi que l’Assemblée Nationale va examiner le projet de loi portant révision de la Constitution du 25 février 1992 au cours de la session extraordinaire ouverte le 11 mars dernier. En une semaine, la commission des lois du Parlement saisie au fond, a consulté et établi son rapport sur la question. Comparaison n’est pas raison, dit-on. Au Bénin, les honorables députés ont refusé de se plier au diktat du Président Patrice Talon qui les avait invités à examiner, en procédure d’urgence, son projet de révision de la constitution. A l’unanimité, les parlementaires ont estimé qu’une question aussi importance comme celle-ci ne peut pas faire l’objet d’un examen accéléré. Etant les détenteurs du mandat populaire, ils ont mis de côté le texte du gouvernement et ont promis de descendre à la base pour partager le contenu de cette réforme avec leurs mandants. Un bel exemple de rédévabilité !

Au lieu de s’inspirer de l’exemple ivoirien, l’Assemblée Nationale pouvait épargner à la nation une énième division en examinant avec du recul le texte déposé par le gouvernement qui a privilégié une démarche à la fois discutable et contestable dans le processus de révision constitutionnelle.

L’universitaire, ancien ministre de la justice, Me Abdoulaye Garba Tapo, qui se prépare à prendre la tête d’une grande fronde contre cette initiative de révision constitutionnelle, n’est tendre ni avec le gouvernement ni avec l’Assemblée Nationale. Lisez plutôt ces quelques lignes écrites par l’éminent avocat : «Encore un débat qui vient pourrir la vie déjà insupportable des maliens, cette révision bien moins urgente que la résolution de tous les innombrables et insurmontables problèmes qui nous hantent et coupent le sommeil à plus d’un. Quel besoin peut justifier de vouloir forcer une révision à quelques encablures d’un mandat raté ? Si c’est pour étoffer un maigre bilan c’est raté, cette constitution, bâtie au forceps par une équipe de juristes obscures et aux ordres, et une assemblée de godillots prêts à voter même un texte rédigé en chemin, puisque leur rôle n’est pas de comprendre, mais de voter oui, et en contrepartie de se livrer à toutes sortes d’affairisme. »

Pour l’ancien Premier ministre, Soumana Sako, président d’honneur de la CNAS Faso Hèrè, l’Assemblée Nationale  doit faire preuve de responsabilité et de salubrité démocratique en rejetant le projet de révision de la constitution et en envisageant plutôt d’engager contre le Président de la République et son gouvernement une procédure de mise en accusation pour haute trahison. Un pavé dans la marre ou un coup de gueule ?

L’actuel chef de l’Etat n’a ni l’esprit d’ouverture d’Alpha Oumar, ni le sens d’écoute d’Amadou Toumani Touré. Le Président et son gouvernement dont les actes sont assimilés par certains observateurs à un mépris, voient plutôt en ces oppositions, des défis qu’il faut relever.

Déjà au départ, le Président de la République devrait privilégier une démarche inclusive et participative. Rien ne l’empêchait de partager, à travers de larges consultations, les grandes conclusions du comité d’experts mis en place pour réfléchir sur la question afin de recueillir les avis. Ce comité, il faut l’avouer, a travaillé dans le plus grand secret. Le Président de la République et son gouvernement ne doivent pas fermer les yeux en refusant de voir les réalités d’en face, marquées entre autres par des tensions sociales suite aux grèves en cours ou à venir dans plusieurs secteurs, une rupture du dialogue politique et des difficultés d’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Ces tensions perceptibles dans plusieurs secteurs publics et les contestations liées à la révision constitutionnelle, mettent le Mali au bord d’autres crises à quelques encablures des échéances électorales de 2018.  Epargnons donc d’autres épreuves à la mère patrie, placée sous la tutelle de la communauté internationale et menacée d’amputation par une bande d’apatrides.

Par Chiaka Doumbia 

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