Entre nous : Les limites de l’option militaire et le courage politique de dialogue

Le Chef d’Etat major général des armées du Mali, Général de brigade M’Bemba Moussa Kéïta a signé le 1er février un communiqué qui acte l’interdiction de circuler en moto et pick-up dans certaines circonscriptions des régions de Ségou, Mopti et Tombouctou. Dans la région de Ségou, les cercles concernés sont Niono, Tominian et Macina. Si tous les cercles de la cinquième région administrative (Mopti, Bandiagara, Bankass, Koro, Djenné, Douentza, Yenenkou et Youwarou) sont frappés par cette mesure d’interdiction, Nianfunké est la seule circonscription retenue dans la région de Tombouctou. Le communiqué du Chef d’Etat-major des armées précise que les contrevenants à cette mesure d’interdiction seront traités comme des cibles militaires. Des mesures radicales dont l’efficacité sera appréciée à l’épreuve de la pratique. Ce n’est pas la première fois que les autorités militaires, voire administratives prennent des mesures similaires. Ce nouveau communiqué étend la mesure aux véhicules pick-up mais aussi à de nouvelles localités. L’application peut être difficile dans des localités où les motos sont les moyens de transport privilégiés. Pour amoindrir les conséquences de ces mesures sur le quotidien des populations, il aurait fallu les circonscrire dans le temps et sur une tranche horaire définie. Le Chef d’Etat-major des armées devrait revoir son communiqué dans ce sens car, l’interdiction peut durer dans le temps et porter préjudice aux populations.

Comme nous l’avions écrit auparavant, l’option militaire a ses limites dans la lutte contre le terrorisme ou le ‘’djihadisme’’. La facilité avec laquelle les groupes terroristes attaquent les cibles militaires ou enlèvent des étrangers doit inciter les dirigeants politiques du Mali à revoir leur copie et à ne pas adopter aveuglement la position occidentale de lutte contre le terrorisme. De grands enjeux se cachent derrière la guerre contre le terrorisme.

La collaboration des populations locales demandée par les autorités maliennes afin de lutter contre ce phénomène tardera à être concrétisée pour plusieurs raisons. Contrairement aux discours officiels, les populations locales ne considèrent pas ces tueurs comme des terroristes mais plutôt comme des frères. Il n’est pas facile de détruire ce lien entre les « enfants du terroir » et les populations. A la différence d’autres pays, ces « enfants du terroir » s’attaquent rarement aux civils. Jusque-là, aucun groupe n’a revendiqué l’acte de Boni où un véhicule de transport a sauté sur une mine faisant plus de vingt (20) morts. L’attitude des populations pourrait se justifier par le fait que les représentants de l’administration publique sont perçus à la base comme des racketeurs.

Le Président du Haut Conseil Islamique, l’Iman Mahmoud Dicko a fait preuve de lucidité et de réalisme en déclarant sur les antennes de Radio France Internationale que nous devons avoir le courage de parler avec tous les fils du pays. « Ayons le courage de parler avec tous les enfants du pays. Ceux qui refusent maintenant cette main tendue, il faut que le peuple malien se mette ensemble pour les combattre quels qu’ils soient», a souligné l’iman Dicko.

Il nous faut l’indispensable courage politique pour nous affranchir d’une certaine domination étrangère qui n’a d’autres objectifs que de faire perdurer ce cycle infernal de violence. La présence des milliers de soldats de Barkhane et de la Minusma n’empêche pas la descente aux enfers, pardon, la dégradation de la situation sécuritaire.

Par Chiaka Doumbia

Source: Le Challenger

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