Entre nous : Une trêve sociale

Le Ministre de la Fonction Publique et du Travail en charge des Relations avec les Institutions, Mme Diarra Raki Talla, a pris son bâton de pèlerin les 27 et 28 février derniers pour se rendre à l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) et à la Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali (CSTM). Elle était venue proposer une « trêve sociale » à ses partenaires. Les préavis de grève et les grèves se multiplient depuis quelques temps. Le gouvernement est sous le poids des revendications sociales des travailleurs qui réclament des meilleures conditions.

Cette épidémie de grève n’est pas propre au Mali. La situation en Côte-d’Ivoire commence à rentrer dans l’ordre après plusieurs semaines de cessation de travail qui ont sérieusement ébranlé les fondements du pouvoir d’Alassane Dramane Ouatarra. En Guinée-Conakry, le Président Alpha Condé vient juste de limoger deux ministres de son gouvernement pour des grèves dans le secteur de l’éducation qui ont débouché sur de violentes manifestations causant la mort de quelques personnes.

La démarche du ministre en charge du travail est salutaire même si elle intervient un peu en retard. Le gouvernement aurait dû commencer à proposer une trêve aux partenaires sociaux depuis l’accession du Président Ibrahim Boubacar Kéïta à la magistrature suprême. La situation exceptionnelle dans laquelle se trouvait le pays plaidait en faveur des nouvelles autorités. Les  dépenses de prestige et les scandales dans les passations de marchés dont la presse s’est fait un large écho, ont contribué à désarmer le gouvernement face à ses partenaires sociaux. Ce qui fait que les efforts déployés par le gouvernement pour satisfaire les travailleurs sont comme une goutte d’eau dans un océan. Et les responsables syndicaux estiment que ce gouvernement ne peut pas donner des leçons d’austérité à cause de ses dépenses de prestige.

Dans un pays où le sentiment général est qu’il y a deux camps : ceux qui possèdent tout et ceux qui n’ont rien, la tâche ne s’annonce pas facile pour Mme Diarra Raki Talla. Il faut maintenant qu’elle arrive à convaincre ses traditionnels partenaires sociaux à adhérer à la trêve proposée par le gouvernement. L’approche des échéances électorales de 2018 peut être exploitée par ceux-ci pour accentuer davantage la pression sur les décideurs politiques.

L’un des problèmes de la gouvernance actuelle est que les décideurs affichent un mépris souverain face aux préoccupations les plus légitimes des couches sociales en optant pour la fuite en avant à travers une communication propagandiste. Il a fallu que l’UNTM réussisse sa première grève pour que le gouvernement se réveille et traite avec sérieux les doléances de la centrale syndicale.

Le gouvernement doit commencer à balayer dans son propre jardin en renonçant à certaines dépenses de prestige qui ne font que susciter l’ire des syndicats qui se sont engagés à défendre les intérêts matériels et moraux de leurs membres. Cela passe nécessairement par une réduction drastique du train de vie de l’Etat, à commencer par les plus hautes autorités qui doivent montrer l’exemple. Ainsi, dans le cadre d’un dialogue élargi, la proposition d’une négociation globale de salaires pourra faire son petit bonhomme de chemin.

Par Chiaka Doumbia

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