Hommage à Amadou Seydou Traoré : Ce que je retiens de ce grand patriote

L’information du rappel à Dieu d’Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djincoroni, tombée comme un couperet, le dimanche 4 septembre 2016, a fait le tour du monde. Ma peine est grande, très grande de ne plus causer avec ce grand homme. Je mesure la peine de Nabou, Kébé, l’africain et autres en cette douloureuse circonstance. Ce décès a provoqué en moi et en d’autres un choc terrible. Que Dieu soit loué !
Avec ce grand homme dont la disparition laisse un grand vide, j’entretenais d’excellentes relations dans ma jeune carrière de journaliste. Il m’avait remis un lot de livres comme « Le salaire des libérateurs du Mali », « Ma vie de soldat » du Capitaine Soungalo Samaké, «La Guinée et le Mali, deux poumons d’un même corps », etc. Je ne connais plus le nombre de fois où il a fouillé dans ses archives pour me remettre des documents historiques pour publication.
J’avais beaucoup d’admiration et d’affection pour le doyen Amadou Seydou Traoré qui aimait que de nombreux jeunes comme moi l’appellent « Camarade ». Le siège de sa maison d’édition sise à Bolibana servait pour nous ‘’apprentis révolutionnaires’’, de laboratoire d’apprentissage, voire de formation idéologique. Au-delà d’une source d’inspiration, l’illustre disparu, qui a reçu le 6 septembre dernier les hommages dignes de son rang de la part des plus hautes autorités du pays, était un abreuvoir au sein duquel je venais puiser des idées.
Je retiens d’Amadou Seydou Traoré, son grand amour pour sa patrie, le Mali. Oui, l’homme était un grand patriote qui avait une foi inébranlable en la mère patrie. La situation dans laquelle se trouve le pays l’attristait au point qu’il m’a confié, il y a presqu’un an, sa volonté de ne plus se prononcer sur l’état de la nation. Ce jour-là, il me confiait qu’il va continuer à écrire des livres pour les laisser à l’appréciation de la future génération.
Amadou Seydou Traoré était un homme de grande conviction, un homme de grand esprit, un homme constant, un homme courageux. Sans rancune et très généreux, il a cultivé tout au long de sa vie sur cette terre la paix, la tolérance, le pardon, le don de soi, l’esprit de sacrifice, des valeurs d’honnêteté, d’intégrité, de probité, de dignité et de droiture. C’est cette grande capacité de pardon, trait dominant de tous les grands hommes, qui lui a permis d’éditer le livre de Soungalo Samaké, celui-là même qui lui infligeait des tortures sous la dictature de Moussa Traoré.
Je retiens d’Amadou sa grande sagesse, sa grande modestie et surtout son dégoût pour le luxe. Lors de l’une de nos causeries (je ne me souviens plus de l’année encore moins le jour et le mois), Amadou Seydou Traoré m’a confié qu’il ne souhaite pas recevoir une distinction honorifique de la part des autorités du Mali, son pays qu’il a tant aimé et servi de façon exemplaire.
En 2010, j’ai fait un compte-rendu fidèle de la conférence-débat qu’il a animée dans la salle de conférences de l’institut de formation des maîtres de Nara sur invitation de l’association des femmes ressortissantes de Nara. Ces propos que j’ai rapportés dans les colonnes de ce même journal lui ont valu un procès intenté par les héritiers de Dr Faran Samaké. Avec conviction et détermination, il avait su défendre à travers plusieurs articles dont ‘’Le Challenger’’ avait l’exclusivité, ses prises de position sur les circonstances de l’assassinat du Président Modibo Kéïta.
Je retiens d’Amadou son combat indéfectible pour défendre l’héritage des pères fondateurs de la République du Mali notamment le Président Modibo Kéïta. Il a été constant dans ce combat comme d’autres sans jamais se renier. Il a marqué son temps et a rempli sa part de contrat dans la construction de l’édifice nationale.
Dors en paix, Camarade !
Par Chiaka Doumbia

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