Lutte contre les inégalités dans le monde : Oxfam publie un rapport explosif sur la déshumanisation de l’économie mondiale

“Une économie au service des 99%”, c’est le titre du rapport 2017 de l’ONG Britannique sur les inégalités de richesses dans le monde. Le rapport rendu public lors du sommet de Davos tenu du 17 au 20 janvier 2017, révèle que 1% de l’humanité détient autant de richesses que le reste de la population. Au Mali, l’antenne d’Oxfam, dans le cadre de sa campagne pour la légalité, a entretenu la presse sur le contenu de ce rapport. La rencontre a eu lieu le jeudi sous la présidence du premier responsable de l’ONG, Mohamed Coulibaly, en présence d’Adam Thiam, journaliste consultant et plusieurs responsables d’Oxfam et de la société civile.
Malgré les efforts des dirigeants en faveur d’un objectif mondial de réduction des inégalités, le fossé entre les riches et le reste de la population s’est encore creusé.
Depuis 2015, 1% de la population détient autant de richesses que le reste de la planète. À l’heure actuelle, seuls huit hommes détiennent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Pire, au cours des 20 prochaines années, 500 personnes transmettront plus de 2 100 milliards de dollars à leurs héritiers, soit plus que le PIB de l’Inde, un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants. Les revenus des 10% les plus pauvres ont augmenté de moins de 3 dollars par an entre 1988 et 2011, tandis que l’augmentation des revenus des 1% les plus riches était 182 fois supérieure. Un PDG d’une entreprise du FTSE 100 (les cent entreprises britanniques les plus capitalisées et cotées à la bourse de Londres) gagne en un an autant que 10 000 ouvriers de l’industrie textile au Bangladesh. Aux États-Unis, une nouvelle recherche publiée par l’économiste Thomas Piketty révèle qu’au cours des 30 dernières années, le revenu de la moitié la plus pauvre de la population n’a pas évolué, tandis que celui des 1% les plus riches a augmenté de 300 %. Et enfin au Vietnam, l’homme le plus riche du pays gagne plus en une journée que la personne la plus pauvre en 10 ans.
Sans changement, prévient le rapport, les inégalités croissantes menacent de disloquer nos sociétés, exacerbent la criminalité et l’insécurité et ruinent l’éradication de la pauvreté.
A en croire le rapport, si la croissance avait bénéficié aux plus pauvres entre 1990 et 2010, ce sont 700 millions de personnes supplémentaires, principalement des femmes, qui ne vivraient plus dans la pauvreté à l’heure actuelle. Une étude indique que les trois-quarts de la pauvreté extrême pourraient être éradiqués à l’aide des ressources existantes en ajustant la fiscalité et en réduisant les budgets militaires et d’autres dépenses régressives. D’après la Banque mondiale, à moins de redoubler d’efforts pour lutter contre les inégalités, il est clair que les dirigeants du monde ne parviendront pas à atteindre leur objectif d’éradiquer l’extrême pauvreté d’ici 2030.
Ce document revient sur les fausses idées qui nous ont menés dans cette impasse et indique comment construire un monde plus juste basé sur une économie plus humaine qui soit axée non pas sur les profits, mais sur les êtres humains, notamment les plus vulnérables.
Toujours selon le document, les fondements de ces inégalités reposent entre autres sur : la pression sur les travailleurs et les producteurs qui favorise une envolée des rémunérations des PDG au détriment des salaires de base des producteurs et des travailleurs qui baissent ; l’évasion fiscale qui se traduit chez les plus fortunés par un allègement de la charge fiscale pour optimiser leurs bénéfices ; le capitalisme actionnarial outrancier qui optimise la rentabilité des actionnaires ; le capitalisme de connivence dont l’objectif est de s’assurer que les réglementations et les politiques nationales et internationales soient formulées de manière à soutenir durablement la rentabilité des entreprises ; l’Optimisation fiscale et l’achat des politiques qui visent à payer le moins d’impôts possible.
Pour Oxfam, il est temps de construire une économie plus humaine qui profite à tous et non à quelques privilégiés. La réponse populaire aux inégalités ne doit pas accroître les divisions. Une économie au service des 99% suppose la création d’un nouveau sens commun et il faut inverser le paradigme actuel pour concevoir une économie dont le principal objectif est de bénéficier aux 99% des populations. Ainsi, le rapport propose de créer une économie plus humaine qui intégrera plusieurs ingrédients essentiels destinés à résoudre les problèmes qui ont contribué à la crise des inégalités
Pour le Directeur d’Oxfam, M. Mohamed Coulibaly, la question des inégalités est au cœur de la politique de sa structure qui œuvre depuis longtemps pour le renversement de cette situation notamment à travers la Campagne pour la légalité. « Au Mali, nous nous sommes intéressés à la justice fiscale. Il s’agit d’amener les citoyens à payer leurs impôts et pousser l’Etat à investir pour satisfaire les besoins des populations », a expliqué M. Coulibaly avant d’affirmer qu’Oxfam produira dans les mois à venir un rapport sur le Mali.
Daouda T. Konaté

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