Afrik’ actu : Pourquoi Mohamed VI renoue avec l’Afrique subsaharienne

Le retrait du Maroc de l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) mue en Union Africaine (UA),  depuis trois décennies, a eu pour conséquence dramatique  de le priver de sa  tribune continentale et d’un cadre  formel pour  faire valoir ses opportunités socioéconomiques et politiques. Ce que le Roi Mohamed VI a bien compris dès son accession au trône. Pour remettre la pendule à l’heure africaine, il va très vite diligenter  la réactivation  d’un réseau solide de relations bilatérales afin de retrouver des alliés sûrs sur le continent dans la défense des intérêts du Royaume Chérifien. Mais  la sensible question du Sahara occidental, dont l’indépendance est toujours majoritairement soutenue par les pays africains,  demeure  le nœud gordien qu’il faut,  vaille que vaille couper.

Une réalité à laquelle le royaume et son souverain sont très conscients. Ainsi, sous l’impulsion du successeur d’Hassan II, l’amendement constitutionnel  marocain de 2011 va baliser le chemin  du  retour, en affirmant clairement « le caractère africain de son identité ». Par ce nouveau socle, la diplomatie marocaine va  aussi œuvrer  pour inverser les rapports de force. Ce qui exige l’ancrage africain de sa politique étrangère qui s’évertue à multiplier des contacts bilatéraux tous azimuts, dont les amitiés traditionnelles  entre chefs d’Etat et pays  africains vont constituer le levain de la  stratégie.

Mais aussi et surtout, le royaume compte beaucoup sur l’intégration sous-régionale. C’est pourquoi, un mois seulement après son retour à l’UA, il  a officiellement fait part, ce  vendredi 24 février,  à Ellen Johnson Sirleaf, Présidente du Liberia et Présidente en exercice de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de sa “volonté d’adhérer à  cette organisation régionale en tant que membre à part entière”. Tant une telle  adhésion est considérée par les marocains « comme une clé de voute du décollage économique de l’Afrique ».

« Le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent dans la terre d’Afrique et qui respire grâce à son feuillage bruissant aux vents de l’Europe », aimait dire le Roi Hassan II. Cette reconnaissance du souverain chérifien de l’africanité de son pays, va d’ailleurs demeurer une  constance de la diplomatie marocaine en Afrique, même après le  retrait de ce pays de l’organisation panafricaine. Son successeur, le Roi Mohamed  VI, ne va pas aller par quatre chemins pour s’en inspirer. C’est pourquoi, avant le dernier sommet de l’UA qui permit  finalement  au royaume  de regagner sa famille  africaine,  il ne cessera de multiplier  les visites officielles dans de nombreux  pays  africains au sud du Sahara. Des visites qui le conduisent  actuellement  dans beaucoup de pays dont la Zambie, le Ghana, la  Guinée et   la  Côte d’Ivoire.

Dans ces pays, puisque le Maroc a opportunément décidé de mettre  en stand by la problématique question sahraouie, il n’est question que de relations économiques. Qui placent  nettement l’Afrique au cœur de la nouvelle stratégie de coopération marocaine. Désormais, le potentiel de ressources naturelles de l’Afrique subsaharienne et les atouts humains vont se conjuguer avec le savoir-faire  et la moyenne puissance financière marocaine pour faire du gagnant-gagnant.

Le Maroc va ainsi offrir un hub économique et financier au service du co-développement. La  particularité de ce modèle de coopération qu’il s’emploie à développer avec l’Afrique réside notamment dans la diversité des acteurs et des partenaires impliqués. La coopération économique ne sera plus l’apanage exclusif des gouvernements et des institutions. Elle va  aussi  réserver  une place privilégiée aux opérateurs économiques privés et aux acteurs de la société civile.

Ainsi la nouvelle coopération va dépasser le cadre traditionnel qui se traduisait par l’action des entreprises et institutions publiques par le biais  du  financement étatique  pour  la réalisation des projets d’infrastructures de base, de réseaux de télécom, d’irrigation, d’eau et d’électricité. Sa nouvelle stratégie va davantage impliquer les opérateurs économiques privés dans les activités de service et de banque, la formation professionnelle, les mines, les télécoms, etc.

Encore que cette  stratégie va aussi  profiter  du  cadre juridique établi entre les parties « pour sécuriser et garantir les investissements projetés’’.  Ce, à travers des accords (ou conventions) de coopération bilatérale ou multinationale  qui sont signés.

Gaoussou Madani Traoré

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