Entre nous : 26 mars 1991 – 26 mars 2017 : Chaque cause a ses traitres


26 mars 1991- 26 mars 2017. Il y a vingt six ans, l’armée malienne conduite par le Lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré (ATT) parachevait une insurrection populaire en mettant fin à 23 ans de règne du Général Moussa Traoré. Démocratie, liberté, Kokadjè… Voilà des mots qui revenaient dans les revendications pour l’ouverture démocratique du pays.

26 ans après, la démocratie semble être là. Des libertés publiques sont acquises. Des infrastructures ont changé le visage du pays. Mais à côté, un système sanitaire et éducatif au rabais ! Une justice manipulée et instrumentalisée ! Une armée démantelée, l’outil de défense détruit, le soldat dénudé ! Des sociétés d’Etat liquidées sous la pression des institutions de Breton Wood !

« La “démocratie” a fini par faire pire que la dictature, surtout au niveau de la qualité des ressources humaines. Elle a injecté sur la scène politique toutes sortes de gens, parfois de véritables voyous. Les éléments les plus sains ont fini par être, presque tous, marginalisés au profit d’une génération spontanée de politiciens sans foi ni loi », a écrit Pr Issa N’diaye, Philosophe, homme politique et non moins acteur du mouvement démocratique dans une tribune publiée en mai 2014 sur le site de Médiapart sous le titre ‘’Faut-il désespérer du Mali d’IBK’’.

26 ans après la chute du dictateur Moussa Traoré, la démocratie malienne souffre de l’injustice sociale, de l’arbitraire, de la corruption, du népotisme, du favoritisme, des alliances opportunistes contre-nature, voire incestueuses. Le mensonge, l’hypocrisie, la démagogie ont été érigés en système de gouvernance.

Aujourd’hui, il y a deux camps : ceux qui possèdent tout et ceux qui n’ont rien. Les ressources financières nationales sont devenues une vache laitière pour une minorité alors que la masse populaire broie dans une misère noire. Face au désespoir et au manque de perspectives, de nombreux jeunes immigrent au péril de leur vie.

La faillite des « démocrates convaincus » et des « patriotes sincères » dont certains ont trahi leur propre conviction sur l’autel des ambitions personnelles et égoïstes ne saurait remettre en cause la lutte héroïque menée par les forces vives de la nation pour chasser le dictateur Moussa Traoré et sa compagnie. Feu Amadou Seydou Traoré (Paix à son âme) qualifiait dans un livre, le règne de Moussa Traoré de 23 ans de mensonge. Chaque cause a ses traitres, dit-on. Les traîtres de la démocratie et des idéaux des martyrs ont pignon sur rue. Ils narguent aujourd’hui le peuple avec les butins, pardon le salaire de leur traîtrise.

Les déviances et les dérives de l’ère démocratique sont essentiellement dues au manque de vigilance du peuple qui veut toujours se contenter de l’os jeté par une élite dirigeante qui se sert des ressources publiques pour conditionner les uns et les autres.

L’état dans lequel se trouve le pays est tel qu’il faut nécessairement un sursaut national afin qu’il se redresse pour conquérir sa place dans le concert des nations à travers le monde. Peut-on opérer le changement avec une telle élite aux commandes des affaires publiques depuis la chute du dictateur ? Le changement dont rêvaient les martyrs de mars 1991 est-il possible ? Oui, le changement est bel et bien possible. Mais pas avec ces acteurs qui se partagent les rôles au sein de l’appareil d’Etat depuis 26 ans.

Par Chiaka Doumbia

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