Entre Nous: Tel un cancer ?

Les groupes armés signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation se scindent en donnant naissance à d’autres mouvements. Le Mouvement pour le Salut de l’Azawad (MSA) a vu le jour, le 2 septembre dernier, à la suite d’une dissidence du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Le Congrès pour la Justice dans l’Azawad (CJA) a été créé par un groupe de touaregs de la région de Tombouctou. Le dernier né est le « Mouvement Islamo Laïque pour la libération de l’Azawad », une entité composée de jeunes touaregs qui déclarent ne plus partager les actions de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).
Avant la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation, il y a eu la coalition des peuples de l’Azawad, CPA, de l’ex-député de Bourem, un opportuniste doublé d’un imposteur. La défaite des Fama à Kidal le 21 mai 2014, a accouché du Groupe d’auto-défense des Imghads et Alliés (Gatia) dont la puissance de feu empêche aujourd’hui les petits aventuriers de la CMA de régner en maîtres absolus. De la Coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance (CMFPR), sont nées deux autres tendances dissidentes (CMFPR 2 et 3).
Hassan El Mehdi dit Jimmy le rebelle avait mis sur orbite le Front populaire de l’Azawad (FPA) dont il s’est autoproclamé secrétaire général. Le dénominateur commun de ces mouvements est leur coloration communautaire ou tribale. Ayant compris le jeu, chacun veut s’organiser pour défendre ses intérêts en avançant ses pions dans le cadre du partage des dividendes du retour de la paix. « La réalité c’est que les gens qui sont autour de la table des négociations sur l’Accord de paix, n’ont aucun souci pour leur pays, ils s’en fichent complètement. Ils sont là pour de multiples raisons, mais pas pour le bien-être du Mali ou de sa population », déclarait Laurent Bigot, ancien sous-directeur en charge de l’Afrique de l’Ouest au ministère français des affaires étrangères dans une interview accordée au Journaldumali. L’ex-diplomate français a parfaitement raison. Tel un cancer, la crise du nord prend de plus en plus un virage communautaire, voire tribale.
L’une des raisons de cette prolifération des mouvements qui n’existent que sur le papier, se trouve dans le manque de fermeté de la communauté internationale vis-à-vis des différents protagonistes de la crise. Le processus de mise en œuvre de l’accord souffrira énormément de la naissance de ces mouvements qui reconnaissent tous le document signé à Bamako sans être des signataires. La sortie d’un groupe de dissidents, le week-end dernier, pour contester la nomination des membres des autorités intérimaires, constitue une parfaite illustration. A présent, un risque est là : ceux qui ne prennent pas place dans le train de la paix et de la réconciliation pourraient s’allier avec les déçus et se lancer dans une nouvelle rébellion. Entre ceux qui, sous la pression de la communauté internationale, se sont inscrits dans le processus de paix en mettant en veilleuse leurs velléités sécessionnistes et ceux qui montrent actuellement leur frustration à travers la création de groupes politico-militaires, il n’y a pas une grande indifférence. Cela doit être clair pour tout le monde. Gouverner, c’est prévoir, dit-on.
Par Chiaka Doumbia

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